Histoire sans paroles
Il est muet comme une carpe. Elle essaye de lui arracher les vers du nez. En vain…
Il est comme une coquille Saint Jacques en danger. Il refuse obstinément de s’ouvrir.
Elle rame avec lui. Elle va droit à la dérive. Tantôt elle le prend pour un imbécile qui n’a rien à dire. Tantôt pour un imposteur qui a quelque chose à cacher.
Il ne veut rien entendre. Il ferme les écoutilles. Et plus il fait le sourd, plus elle lui crie dans les oreilles.
Tout est sujet à controverses : ses poils qu’il laisse traîner dans le bac de douche, ses chaussettes sales sous le lit, ses rots qui font du bruit, ses pets aussi, sa manière d’être, sa façon de se comporter.
Elle lui rabâche mille fois les mêmes choses. Elle se dit qu’à la longue, il finira bien par enregistrer.
Lui, de son côté encaisse. Il n’a rien à ajouter. Et puis d’ailleurs, que voulez-vous qu’il lui dise ?
Qu’il en a plein le cul de sa face de rat ! Qu’il en a plein les couilles de ce gros tas ! Qu’il en a plein les oreilles de l’entendre hurler pour un rien ! Que çà fait des années qu’il ne peut plus l’encadrer ni même la voir en peinture ! Que çà fait des années qu’elle ne le fait plus bander ! Que çà fait des années qu’il la trompe dès qu’elle a le dos tourné ! Qu’il reste avec elle pour le confort de ses charentaises et aussi parce que la bouffe est potable !
Non, lui, a choisi de rester muet comme une carpe.
Pas de bouée pour elle, ni de canot de sauvetage, ni de fusée de détresse.
Les vents sont avec lui. Elle peut toujours ramer...
Et vogue la galère !
(Extrait de mon livre : A chacun sa merde !)