
Extrait 2 :
Très rapidement, c'est la pagaille autour de moi. Presque tout le personnel médical a fait le déplacement. Surtout les petits stagiaires, arrivés les premiers sur les lieux et qui n'hésitent pas à se bousculer entre eux pour être encore aux premières loges.
Je suis sûre qu'ils se sont tous donnés le mot pour venir voir ce cas particulier. Si çà se trouve, ils ont même reçu des ordres de la hiérarchie sur le comportement à adopter en pareilles circonstances. Règle numéro 1, tout le monde se regroupe autour du patient. Règle numéro 2, chacun fait ce qu'il peut en fonction de ses compétences pour panser au mieux les plaies. Règle numéro 3, on regarde la tournure des évenènements et pendant ce temps-là on applique la loi du silence. Règle numéro 4, si la règle numéro 3 s'annonce mal, on laisse le patient crever en dehors de l'hôpital.
Certains commencent à s'activer pendant que d'autres appliquent déjà la règle numéro 3. Une aide-soignante vide sous mon nez une poubelle pleine de capotes usagées, de protège-slips sales, de mouchoirs maculés de sang. Des internes me regardent de loin, les bras croisés, postés devant la porte d'entrée comme des videurs de boîtes. Des externes, pas plus téméraires, font mine d'être occupés dans un coin perdu de la pièce. L'infirmière shootée au café passe la relève à une sage-femme excédée de récupérer un cas pourri comme le mien. Et pour finir, une élève infirmière se fait la main en prenant tout ce qu'elle peut de moi : ma température, ma tension, mon nom, prénom, date de naissance... tout le tralala d'usage.
J'en profite pour lui placer une fois l'interrogatoire terminé :
- Est-ce que je fais une fausse couche ? Est-ce que je vais perdre le bébé ?
La petite me répond, visiblement agacée par la question :
- Madame Pétrin, j'en sais rien, moi (la règle numéro 3 se confirme) Vous verrez tout çà avec le docteur Haurage."